Bermudes, la maison qui c'est faite avec l'île
Pourquoi les maisons bermudiennes ont-elles majoritairement cette allure si particulière ?
Pourquoi les maisons bermudiennes ont-elles majoritairement cette allure si particulière ?
Escaliers évasés, cheminées massives, petites annexes en pierre coiffées d’un toit pointu… l'architecture des maisons bermudiennes n'a rien d'un style importé tel quel d'Angleterre. Elle s'est construite, littéralement, avec ce que l'île avait sous la main et cette histoire se lit en plusieurs actes.
Acte 1: le bois, faute de mieux (XVIIe siècle)
Les premiers colons privilégient d'abord le cèdre et les feuilles de palmétto, matériaux les plus accessibles de l’île : la plupart des maisons de la première moitié du XVIIe siècle sont en bois, avec une ossature plantée dans le sol, comblée de lattes de cèdre puis enduite d'un mélange à base de calcaire. Aucune de ces constructions n'a survécu. Le vrai basculement vers la pierre survient après les ouragans de 1712 et 1715, qui rasent la quasi totalité du bâti en bois de l'île.
La plus proche approximation qu'on puisse en voir aujourd'hui est une reconstitution construite en 2012 pour les 400 ans de l'arrivée des colons, à Carter House (St David's), avec les mêmes matériaux et techniques d'origine : cèdre, chaux, argile et toit en feuilles de palmétto.
Acte 2: la pierre impose sa logique (fin XVIIe - XVIIIe siècle)
C'est de cette contrainte matérielle que naît la majorité des particularités architecturales que l’on retrouve encore aujourd'hui. Les maisons sont souvent bâties à flanc de colline ou le long de rivages abrités, avec une seule pièce de large, des sections ajoutées au fil du temps, souvent à angle droit, une maison qui grandit par blocs plutôt que d'être pensée d'un seul tenant.
Les cheminées, massives, mesurent traditionnellement 2,4 m de large sur 1,2 m de profondeur, montées en paliers successifs.
Les escaliers d'entrée s'évasent vers l'extérieur, plus larges à la base qu'au sommet, le fameux style « welcoming arms ».
Ce cloisonnement ne s'arrêtait pas à la façade : la porte en bas des welcoming arms servait au personnel et aux personnes réduites en esclavage, celle du haut, au maître de maison.
Deux annexes répondent à des problèmes similaires d'île isolée :
La buttery, petit bâtiment à toit pointu et murs épais, gardait les aliments au frais avant l'ère de la glace.
À côté, une annexe en pierre plus modeste, alimentée par une gouttière taillée dans la roche, stockait l'eau de pluie, avant que la citerne ne soit progressivement intégrée aux fondations mêmes de la maison, une évolution qui semble accompagner la généralisation de la construction en pierre, mais dont la date précise reste difficile à établir. Il faudra attendre 1951 pour qu'une loi encadre formellement la construction de ces citernes.
Moins visible mais tout aussi ingénieux : le plafond. Le tray ceiling
Un plafond en forme de plateau inversé — reste une constante de l'architecture bermudienne, prisé pour gagner en hauteur mais surtout pour favoriser la circulation de l'air, un enjeu crucial dans le climat humide de l'île.
Même logique climatique du côté du toit, les avant-toits sont volontairement réduits, avec les fenêtres placées tout contre, pour offrir un profil bas et une meilleure résistance au vent.
Acte 3: La maison s'ouvre (XVIIIe - XIXe siècle)
Avec le temps, la maison bermudienne dialogue davantage avec l'extérieur. Les fenêtres à guillotine se généralisent, une innovation attribuée à l'Anglais Robert Hooke, mais avec une particularité locale : leurs cadres sont taillés dans le cèdre de Bermude, abondant sur l'île.
Pour les protéger, des volets en bois, les persiennes, viennent équiper ces fenêtres relativement petites : elles filtrent le soleil au quotidien et se ferment pour encaisser les ouragans.
La véranda, elle, arrive plus tardivement et par un tout autre canal. Elle devient courante dans les casernes et logements militaires du début du XIXe siècle, offrant ombre et un espace semi-privé pour recevoir ; le style se popularise à Dockyard dans les années 1820, notamment à la Commissioner's House.
Bonus: La légende des chevilles
Une explication populaire circule sur la courbe des escaliers : elle aurait été pensée pour empêcher les hommes d'apercevoir les chevilles des dames en train de monter les marches. Jolie histoire, mais aucune source fiable ne la confirme.
Et aujourd'hui?
Contrairement à ce qu'on pourrait croire, il n'y a pas une seule « architecture » bermudienne encore appliqué partout.
Certaines maisons restent fidèles au style bermudien d'origine, quand d'autres ont des lignes plus modernes.
L'île n'est donc pas figée dans un seul modèle.
La loi, elle, encadre surtout deux choses : le toit blanc en escalier, pour la collecte d'eau, comme évoqué dans l'article précédent, et la main-d'œuvre, puisque tous les ouvriers du bâtiment doivent être bermudiens par la loi.
Pour le reste, la porte reste ouverte à des détails plus discrets qu'on retrouve encore, ici ou là, sur des maisons anciennes bien conservées :
Les « eyebrows », ces arêtes moulées au-dessus des fenêtres, apparues au tournant du XVIIe siècle et probablement inspirées des arcs gothiques des églises.
Les quoins, ces pierres d'angle apparues au XVIIIe siècle comme ornement, tantôt de taille égale, tantôt alternée ou encore des moulures ornementales apparues au XIXe siècle sur les rives de toit et les angles de façade, à mesure que le style s'enrichissait.
PS : si un jour vous venez me rendre visite c’est avec plaisir que je vous emene découvrir quelques sites clés de cette histoire
Si vous vous êtes déjà demandé pourquoi les toits bermudiens sont blancs…
→ Pourquoi les toits sont blancs ?
Ou pourquoi les maisons sont en couleurs...
→ Bermudes, l'île aux maisons bonbon?
Bermuda National Trust — Architecture
Pour comprendre l'architecture traditionnelle des maisons bermudiennes.
→ Découvrir la source
John S. Humphreys — Bermuda Houses (1923)
Un ouvrage historique sur l’architecture bermudienne, illustré de photographies, dont trois présentent des butteries (planches 69, 89 et 90).
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The Bermudian Magazine — Ode to the Bermuda Vernacular
Une exploration de l’architecture vernaculaire bermudienne et de ses caractéristiques emblématiques.
→ Découvrir la source
The Bermudian Magazine — Vintage Bermuda Homes & Architecture
Une collection de photographies anciennes offrant un aperçu des maisons et de l’architecture traditionnelles des Bermudes.
→ Découvrir la source